Les universaux phonologiques pendant l’apprentissage de la lecture : quel(s) rôle(s) sur les stratégies de segmentation et d’accès aux mots (06/2015)

Conférencier : Norbert MAÏONCHI-PINO (MCF, LAPSCO, UBP)

Date et lieu : mercredi 24 juin 2015, 9h-11h, MSH, amphi 220

Résumé :
Si la syllabe, d’un point de vue aussi bien acoustico-phonétique que phonologique, est privilégiée en français en perception auditive, production orale et perception visuelle, cela ne fait qu’une quinzaine d’années que, véritablement, les études développementales mettent en évidence son rôle précoce, mais progressif, pendant l’apprentissage de la lecture, étroitement en lien avec les habiletés syllabiques précoces relevées en perception de parole.
Si le statut d’unité incontournable de la syllabe en français repose, en partie, sur les propriétés structurales du français (e.g., prédominance de mots polysyllabiques, de structures syllabiques consonne-voyelle) et sur le respect dans grands principes linguistiques (e.g., principe d’attaque maximale, loi du contact syllabique optimal, principe de séquençage basé sur la sonorité), admirablement la plupart des études ont concentré leurs efforts sur le rôle « indiscutable » des « grands classiques » psycholinguistiques, notamment le rôle des propriétés statistiques des syllabes pour justifier des stratégies de segmentation ou de l’accès au lexique.
Ainsi, ces études ont abouti à des constats robustes et cruciaux qui placent, par exemple, la fréquence d’occurrence de la syllabe initiale dans la langue comme un facteur déterminant, associée à la fréquence lexicale ou bien encore au trou bigrammique, à savoir la fréquence d’occurrence des lettres en frontières syllabiques pour expliquer la sensibilité et l’utilisation de la syllabe dans des activités de lecture.
Malheureusement, rares sont les études qui se sont risquées à aborder l’influence des grands principes linguistiques en lecture (contrairement aux pratiques observées en production orale précoce, notamment) et un pan conséquent des théories linguistiques a été négligé durant toutes ces années comme le rôle des universaux phonologiques et de la structuration des contraintes linguistiques chez l’enfant.
Partant du postulat que les propriétés statistiques bénéficieraient d’un excès de « confiance » et que l’implication des universaux phonologiques est sous-estimée – tout du moins pour l’étude du français – l’objet de la présentation consistera à répondre à plusieurs questions concernant leurs rôles respectifs aussi bien en perception auditive que dans des activités de lecture auprès d’enfants, qu’ils soient normo-lecteurs ou dyslexiques.
Cette présentation consistera également à présenter l’un de ces universaux phonologiques en tant que règle qui régit l’organisation des sons – et des lettres – au sein d’une syllabe et en frontière syllabique (i.e., marquage de sonorité) et de démontrer que les enfants y sont sensibles implicitement, précocement et durablement pour segmenter les mots.
Il s’agira ensuite de montrer que les enfants normo-lecteurs, au même titre que les enfants dyslexiques, se serviraient de ces universaux phonologiques en l’absence d’ (et conjointement aux) indices statistiques, leur permettant ainsi d’améliorer leur perception des frontières syllabiques, d’optimiser leurs stratégies de segmentation et de « réparer » efficacement les structures phonologiques illégales.
Enfin, deux questions ouvertes, en cours d’étude, viendra clôturer cette présentation concernant, d’une part, le décours temporel des universaux phonologiques dans les stratégies syllabiques de segmentation et d’accès au lexique et, d’autre part, de la nature du marquage de sonorité, à savoir dépendant de l’expérience orale précoce ou innée, structurée et disponible avant l’exposition au langage